Réflexions

Il était une fois...

C’est à partir de contes…

D’anecdotes, de photos, de souvenirs, d’instants de l’histoire familiale, d’objets, d’une maison familiale que s’effectuent la transmission et le lien transgénérationnels.

Ce sont ces éléments qui cristallisent l’appartenance à une lignée.

Ce sont eux qui permettent aux enfants de répondre aux questions :

« Qui suis-je ? D’où je viens ? »

Les grands-parents se définissent d’abord par la place qu’ils occupent dans la constellation familiale, par leur position dans l’ordre des générations. Après il est convenu de reconnaître aux grands-parents des rôles et des fonctions propres. Leur position leur permet d’aimer leurs petits-enfants en toute gratuité, c’est à dire sans responsabilités éducatives directes. Ils permettent aux petits-enfants d’entretenir d’autres relations notamment en s’adressant à leur imaginaire. Leur disponibilité et leur écoute, leurs permettent de partager des activités privilégiées.

Les grands-parents renforcent l’identité sexuelle des petits-enfants, représentent l’enracinement, le sentiment d’appartenir à une lignée. Ils sont le point de repère, de référence après une séparation des parents, en cas de décès ou d’une maladie grave d’un des parents…

La rupture du lien transgénérationnel n’est pas un lot d’une classe défavorisée mais se trouve dans tous les groupes socio-économiques et culturels, indépendamment du contexte éducatif, religieux, ou ethnique.

L’enfant reflet du bonheur, de l’amour, devient en guise de représailles, l’otage face aux conflits d’adultes irresponsables et peu respectueux, envers lui.

Les maltraitances psychologiques perverses répétitives font régner un climat d’instabilité, d’insécurité, de perte de repères et de confiance pour l’enfant. Ces causes déclenchent très souvent de graves troubles du comportement. L’adulte ne prend pas (ou plus) en considération l’équilibre psychologique et affectif de l’enfant .

Il faut protéger ces victimes contre les manipulations (forme de maltraitance) de certains adultes qui n’hésitent pas à se retrancher derrière leurs propres enfants pris en étau dans la situation conflictuelle dont ils ne peuvent comprendre les enjeux.

Ces parents n’ont aucun scrupule à inventer et à faire croire à leurs propres enfants (nos petits-enfants) par des faits irréels et voire parfois graves, que toutes relations avec leurs grands-parents seraient dangereuses pour eux. C’est sous ces griefs que les enfants manipulés se retrouvent coupés d’une partie de leurs racines familiales et de leur identité.

L’article 371.1 du code civil dit :

« L’autorité parental est un ensemble de Droits et de Devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant »

Il appartient aux pères et aux mères :

  • D’assurer sa sécurité
  • Sa santé
  • Sa moralité
  • Son éducation
  • De permettre son développement dans le respect dû à sa PERSONNE

L’article 371.4 du Code Civil modifié par loi n°2007-293 stipule :

L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seul l’intérêt de l’enfant peut faire obstacle à l’exercice de ce droit. Si tel est l’intérêt de l’enfant, le juge aux affaires familiales fixe les modalités des relations entre l’enfant et un tiers, parents ou non.

Sont donc admis les principes suivants :

  • Le droit de l’enfant à entretenir des relations avec ses grands-parents.
  • Les parents sont garants du respect de ce droit et ont des devoirs à l’égard de l’enfant.

    Si les deux parents titulaires de l’autorité de l’enfant conjointe, jugent que l’enfant ne doit pas avoir de relations personnelles avec ses ascendants, il leur appartient de faire valoir auprès du Juge aux Affaires Familiales les obstacles justifiant la rupture de ces relations personnelles et naturelles.
  • Ce droit est naturel et moral dans le respect de la tradition familiale et de l’histoire à laquelle appartient l’enfant.

Notre société connaît un changement de mentalité et de fonctionnement face à la vie familiale qui met en péril la responsabilité des parents.

Ces parents doivent réapprendre à consacrer du temps à l’écoute et à la réinstauration du dialogue avec l’enfant pour ainsi respecter sa personne et ses droits, pour :

  • Son bien-être
  • Son équilibre psychologique et familial
  • Le repère de ses racines, son identité
  • Sa liberté de penser et de s’exprimer face à ses choix, ses désirs le concernant selon son âge.

Trop d’enfants, à l’heure actuelle se trouvent orphelins de leurs ascendants.

L’association papi, mamie …et moi ? veut faire campagne pour prévenir et tenter de faire cesser les graves atteintes aux valeurs familiales entraînant des pathologies parfois lourdes et/ou irréversibles pour les enfants et chez certains adultes (développements de cancers, dépressions allant jusqu’aux tentatives de suicide ...).

Une réflexion doit être menée avec les partenaires relais (sociaux, médicaux, juridiques, de l’éducation, de la petite enfance, des caisses retraites, associations..) sur l’impact que peut avoir l’isolement sur les grands-parents et sur le risque de maltraitance psychologique envers l’enfant, sachant qu’il est effarant de penser à la moralité et aux comportements des générations futures privées de leur lignée et du lieu transgénérationnel.

Papi, mamie…et moi ? lance un véritable cri d’alarme face à ce fléau national pour sauver ces enfants (nos petits-enfants) qui seront plus tard des parents à leur tour.

Questions d’une enfant de 6 ans :

« Pourquoi je ne peux jamais rester plus longtemps chez vous ?
Qui est-ce qui décide quand je peux venir vous voir ?
Je croyais que la famille, c’était fait pour s’aimer »

Réponse des grands-parents :

« Pour nous, nous n’avons pas le choix, seul Monsieur le Juge décide »

Papi, mamie…et moi ?, laisse à chacun d’entre nous la liberté d’imaginer le poids de la douleur pour ces grands-parents ainsi que la souffrance et la perturbation psychologique chez leur petite-fille.

Le manipulateur :

Personne qui, en empruntant différentes attitudes, dirige et manœuvre sa victime en se servant d’elle afin de la faire agir dans le sens qu’elle souhaite pour lui permettre de parvenir à ses propres fins par :

  • exigences démesurées
  • harcèlement moral
  • pressions émotionnelles
  • intimidations
  • mensonges
  • critiques incessantes
  • menaces avérées
  • agressivité
  • chantage
  • jalousie
  • en culpabilisant les autres
  • en se positionnant toujours en victime
  • en dévalorisation les autres personnes
  • en se déchargeant de toutes ses responsabilités, en les reportant sur les autres
  • en ignorant les droits, les désirs des autres
  • en créant un climat de malaise, de sensation de piège
  • en réalisant ses objectifs, mais sur le compte d’autrui

Violence psychologique :

La convention internationale des droits de l'enfant considère comme mauvais traitement psychologique à enfants :

  • la violence verbale,
  • les comportements sadiques et dévalorisants,
  • le rejet affectif,les exigences excessives ou disproportionnées par rapport à l'âge de l'enfant,
  • les consignes éducatives contradictoires ou impossibles.

Cette violence, qui n'est jamais anodine, peut être indirecte et n'atteindre les enfants que par ricochet ou par éclaboussure (lorsque la violence vise un conjoint ou un membre de la famille qu'elle cherche à détruire et qu'à défaut elle se reporte sur l'enfant qui refuse de se désolidariser de l'adulte visé, ou bien elle peut viser directement un enfant qu'elle cherche à éliminer.

A quel praticien s’adresser pour consulter ?

Psychiatre : Médecin spécialisé en psychiatrie, lui autorisant la prescription de médicaments pour les troubles psychiatriques. Les consultations sont remboursées par la Sécurité Sociale.

Psychologue : Praticien diplômé en psychologie de 3ème cycle. Concernant les praticiens libéraux les thérapies ne sont pas prises en charge par la Sécurité Sociale.

Psychanalyste : le psychanalyste est agréé par une association de psychanalyse. Il est reconnu comme tel en ayant pratiqué une analyse personnelle et complète. Chaque association forme ses propres analystes sachant qu’il n’existe aucun diplôme spécifique pour ce type de pratique. Les psychanalystes sont très souvent des psychologues ou des médecins.

Psychothérapeute : Très souvent les médecins psychiatre, les psychologues sont également des psychothérapeutes.

avec la participation de Mme. Tamara BYDLOWSKI (psychologue psychothérapeute)

Citation du poète Korczazack

Vous dites :
« C’est fatiguant de fréquenter les enfants.
Vous avez raison.
Vous ajoutez :
Parce qu’il faut se mettre à leur niveau, se baisser, s’incliner, se courber, se faire petit.
Là vous avez tort.

Ce n’est pas cela qui fatigue le plus, c’est plutôt le fait d’être obligé de s’élever jusqu’à la hauteur de leurs sentiments.
De s’étirer, de s’allonger, de se hisser sur la pointe des pieds.
Pour ne pas les blesser. »

Témoignages

«Comment je me bats pour voir ma petite-fille»

Joséphine, grand-mère française, se démène pour garder coûte que coûte le contact avec sa petite-fille Laurie, 5 ans et demi. Elle raconte comment sa fille a coupé les ponts avec elle sous la pression de son mari.

Un dimanche par mois, je vis le bonheur et l'enfer.
Ma petite-fille Laurie vient passer la journée à la maison et je traverse à chaque fois des moments d'angoisse et de stress ainsi que des émotions intenses que je tente de gérer au mieux pour la protéger. Nous ne la verrions plus si nous n'avions pas actionné l'arsenal judiciaire. (En France, les grands-parents peuvent obtenir un droit de visite et d'hébergement de leurs petits-enfants, ndlr.) Ça a été une décision terriblement difficile à prendre. Cela risquait d'envenimer mes relations avec ma fille qui a choisi le camp de son mari. De l'autre, je voulais continuer à voir Laurie...

Tout a commencé il y a huit ans.
Anne, ma fille, m'a annoncé un jour, en descendant du train de Paris, qu'elle allait se marier. Elle avait 22 ans, vivait donc à Paris, à 150 kilomètres de chez nous. Jusque là, jamais elle ne m'avait parlé de Farid. Elle ne le connaissait que depuis trois mois. J'ai eu la sensation de prendre un coup sur la tête. Et très vite, j'ai craint le pire. Ce garçon était clandestin, sans emploi. Elle, elle étudiait encore. Avec mon mari, nous leur avons dit d'attendre et de commencer par régulariser la situation de Farid. Mais celui-ci est entré dans une colère noire. Selon lui, nous étions racistes, voilà tout. Ils se sont donc mariés. Peu après, le couple a emménagé dans un studio de 9 m2 dont nous payions le loyer. Moquette pourrie, cafards, pas de porte au WC.

Anne ne se plaignait pas.
C'est quelqu'un de bon, et je ne dis pas ça parce que c'est ma fille. De caractère, elle est secrète, un peu complexée par son poids, et elle manque de confiance en elle. Sous les critiques de Farid, nous l'avons vue se recroqueviller un peu plus à chacune de nos visites. Ce mariage, je crois que c'est un défi qu'elle s'est lancé. Lorsque son mari a commencé à insister pour avoir un enfant, elle a cédé. L'idée d'accueillir un bébé dans ce minuscule appartement l'angoissait. Elle pleurait souvent, mais ne se confiait pas à nous. Par sa sœur, notre deuxième fille, nous savions que Farid la traitait de «grosse vache». Il s'énervait en disant que l'enfant n'était pas de lui. Epuisée, Anne a accouché en urgence à 8 mois. Le bébé souffrait de tachycardie. Son père était furieux contre les médecins qui avaient pris la décision de provoquer l'accouchement. C'étaient «des cons». Forcément, rien n'était prêt pour accueillir Laurie. J'ai acheté la layette, mon mari a fabriqué un petit lit et une commode, mais l'appartement était si exigu que les meubles n'y tenaient pas. La petite fille dormait sur sa mère la nuit et sur un canapé le jour. Pour Farid, ça ne posait pas de problème. «Il ya des enfants qui n'ont même pas de toit», disait-il. A quelques mois, Laurie a eu sa «couche»: un petit matelas en mousse à même le sol. Au milieu des cafards.

Ma fille Anne achetait les vêtements de son bébé en cachette.
Je trouvais ça dingue, mais je ne disais rien. Je me sentais impuissante. Farid lui accordait des «crédits de journées» pour venir nous rendre visite. Même pas une fois par mois! A l'âge de 4 mois, Laurie a dû être hospitalisée pour hypertension. Elle était chétive et pleurait souvent, ce qui avait l'art d'énerver son père. Son rêve à lui, c'était d'ouvrir un restaurant. Quand le projet s'est concrétisé, il n'a alors pas hésité à nous confier Laurie. Mais nos rapports étaient déjà tendus. Lorsque la petite est venue vivre chez nous, Farid a interdit à Anne de rendre visite à sa fille: il avait besoin d'elle au restaurant. Laurie avait 1 an, c'était un bébé inhibé, triste, replié sur lui-même. Elle semblait inquiète et tremblait étrangement. Un jour, avec l'accord des parents, je l'ai emmenée à l'hôpital pour des examens approfondis. Et c'est à ce moment-là que les choses ont basculé. Lorsque ma fille a voulu nous rejoindre à la clinique, Farid a pété les plombs. Il l'a frappée, l'a menacée de mort. Elle a tenté de fuir, mais il l'a rattrapée et il l'a ramenée chez eux. Par les cheveux.

Quand on voit sa fille humiliée, on a envie de faire les choses à sa place.
Avec mon mari, nous l'avons d'abord convaincue de porter plainte contre Farid. Elle l'a fait. Il a été condamné à cinq ans de mise à l'épreuve pour coups, blessures et menaces de mort ainsi qu'à 1000 francs d'amende. Ensuite, nous l'avons persuadée de demander le divorce. C'était trop sans doute, au fond d'elle, elle ne voulait pas ça. Pendant un an, Anne et Laurie ont habité chez nous. Ma fille était en miettes, elle faisait une dépression et elle a dû quitter son emploi. La petite, elle, se portait mieux, même si elle tremblait comme une feuille à chaque mouvement brusque ou haussement de ton.
Par lettres, Farid a continué à harceler Anne. il lui répétait qu'elle devait revenir vers lui «pour Laurie» qui lui en voudrait de chercher à divorcer. Il disait que nous l'influencions nous, ses parents. Les rares fois où je l'ai croisé à cette époque, c'était lorsque j'emmenais Laurie à la maison de la médiation pour le voir. Une fois, il m'a craché dessus, une autre, il m'a traitée de salope qu'on encule. Excusez-moi, je n'ai pas l'habitude de m'exprimer ainsi... Anne reconnaissait qu'il avait des problèmes psychologiques. Paranoïa, violence, manipulation... Au fil des mois, elle a retrouvé un peu d'indépendance, puis elle nous a quittés, et s'est loué une maison pour elle et sa fille.

Mais un dimanche où nous attendions leur visite, personne n'est venu.
Anne, de son plein gré, avait réintégré le domicile conjugal et décidé de suspendre la procédure de divorce. Laurie avait 3 ans. Ce jour-là, je n'ai plus rien compris. Où avais-je fait fausse route? Avions-nous trop insisté auprès d'Anne pour qu'elle divorce? Que devais-je faire? Depuis ce jour, nos rapports se sont irrémédiablement gâtés. Quand j'envoyais un colis d'anniversaire à Laurie, son père me le retournait. Nous ne savions quoi faire pour revoir Laurie. C'est alors que nous avons décidé avec mon mari de saisir la justice. Connaissant Farid, je savais que je ne reverrais plus jamais la petite si je laissais tomber. Cela a pris du temps. Deux ans sans la voir! Nous avons enfin obtenu un droit de visite. Un dimanche d'automne, nous avons donc pris la route pour aller chercher notre Laurie à Paris. Et là ça a été terrible. Sans doute sous la pression de son père, la petite a refusé de nous accompagner. Nous avons dû aller au commissariat pour faire valoir notre droit. Et ça a marché, Laurie est repartie avec nous. Elle avait finalement l'air contente, quoique pensive du haut de ses 5 ans.
Depuis, les visites se déroulent souvent comme cela.
Farid monte Laurie contre nous. Mais dès qu'elle arrive à la maison, elle ne veut plus nous quitter. Et dans la voiture pour rentrer à Paris, elle se recroqueville sur son siège, inquiète et triste. Ou a envie de vomir. Dès que son père la voit, si elle a fait des dessins chez nous, il les lui arrache des mains. Nous évitons de poser des questions à Laurie. Elle nous dit que son père nous appelle «les cons». Moi, il me traite de sorcière et il refuse que je lave un seul vêtement de la petite de peur que je lui donne «mes microbes». Par bribes, on a appris que Farid enferme souvent Laurie dans sa chambre, qu'Anne ne dit rien et que la petite pleure. J'ai l'impression que ma fille devient de plus en plus craintive et soumise. Je n'ai plus aucun contact avec elle, c'est toujours Farid qui nous amène Laurie.
Lors des relâches de février, ma petite-fille ravalait ses larmes au moment de nous quitter. Elle nous a fait signe à l'insu de son père au moment où il démarrait la voiture. Nous avons repris la route. Je n'ai pas arrêté de pleurer pendant les 150 kilomètres qui nous ramenaient chez nous.

Notre bonheur s'est peu à peu éteint, nous y laissons notre santé.
Que faire? Il y a quelque temps, nous avons rejoint une association d'aide aux grands-parents. Quel soulagement de pouvoir partager et de se sentir compris. Quand nous envoyons une carte postale à Laurie, nous l'achetons à double: pour en conserver une à la maison, histoire qu'elle la voie. L'autre jour, elle a caché un petit bracelet offert par sa tante dans son porte-monnaie en espérant que son père ne le découvrirait pas. C'est une histoire de fous. Et par moments, c'est simplement insupportable.

Propos recueillis par Sylviane Pittet
copyright FEMINA

-> Le récit se déroule en France où, comme dans la plupart des pays européens, les grands-parents bénéficient d'un droit de visite de leurs petits-enfants. En Suisse, rien n'existe pour protéger cette relation.

 

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