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Plus de 70 associations étaient présentes durant les deux jours du forum, dont l'association Papi mamie et...moi ?

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SOCIÉTÉ / Conflits de familles
«Papi, mamie... et moi ?»
pour l'amour des enfants

Une association icaunaise, regroupe
«des grands-parents qui ont des problèmes pour voir leurs petits-enfants »

Les grands-parents qui ont des problèmes pour voir leurs petits-enfants peuvent compter sur le soutien d'une nouvelle association.

«L'enfant a le droit d'entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seuls des motifs graves peuvent faire obstacle à ce droit», précise notamment le code civil. Mais entre ce que prévoit la loi et le quotidien, il peut y avoir un fossé. Certains enfants le savent bien qui, dans un contexte de conflit familial, se voient privés de toute relation avec leurs grands-parents. Afin de maintenir ce lien, ces derniers sont alors obligés de se battre. Pour les aider dans ces moments délicats, ils pourront dorénavant compter sur «Papi, mamie... et moi ? ».

Cette toute nouvelle association icaunaise, regroupe «des grands-parents qui ont des problèmes pour voir leurs petits enfants», explique la présidente, Marie-Claire Ferret. Elle a pour objet d'«accueillir, écouter, informer, soutenir, accompagner et orienter vers des partenaires relais, les grands-parents qui souhaitent privilégier les liens avec leurs petits-enfants».

L'association a également vocation «à défendre les enfants qui souffrent de maltraitances psychologiques », ajoute Marie-Claire Ferret. Pris en otage par des adultes qui s'affrontent, l'enfant souffre souvent énormément sur le plan moral.

Pour mener à bien sa mission,
« Papi, mamie... et moi ? » est en train de tisser un réseau de professionnels de la petite enfance. Elle travaille en partenariat avec la Caisse d'allocations familiales (CAF), le service médiation de la Croix Rouge et les services sociaux, mais aussi une psychologue, une assistante sociale et une avocate. «Nous aimerions avoir une personne rattachée au monde médical tel un pédiatre», ajoute-t-elle.

La médiation avant tout
Que l'on ne s'y trompe pas : l'association «favorise la médiation, insiste Marie-Claire Ferret, car dans l'intérêt de l'enfant, mieux vaut éviter d'avoir recours à la justice. Mal­heureusement, il arrive que l'on soit obligé de faire valoir nos droits de grands-parents».

L'association envisage, outre la mise en place de permanences pour accueillir les familles, d'organiser des débats et des groupes de paroles encadrés par un psychologue.

A. M.

Marie-Claire Ferret, présidente
de l'association.

EN SAVOIR PLUS
L'association a son siège social
à l'ancienne mairie,
25, rue Carnot,
89500 Villeneuve-sur-Yonne

Téléphone : 03.86.87.15.28

E-mail :
papimamietmoi@wanadoo.fr

Adhésion : 15 euros pour l'année.

Une épaule amie

L'aspect écoute et conseils est primordial, comme en témoigne Marie-Claire Ferret, « les premiers pas sont très durs car nous n'arrivons pas à comprendre ce qui nous arrive. C'est une remise en questions permanente, une culpabilisation de soi-même. Une sorte de honte qui s'installe, qu'avons-nous fait pour en arriver là ? Ça vous ronge la vie... On ne s'en sort pas. »
Une épaule amie est alors la bienvenue, d'autant plus que le regard d'un tiers permet certaine fois de mieux appréhender la situation, de mieux envisager des solutions.

L'Independant (mars 2006)
VILLENEUVE-SUR-YONNE L'association "Papi ,mamie... et moi ? " a déposé ses statuts à la sous-préfecture

M.C. FERRET "Permettre aux enfants privés de leurs
grands-parents de renouer un lien affectif avec eux"

L'association sera bientôt effective. Marie-Claire Ferret, la présidente de "Papi, mamie... et moi ?" s'attachera à aider dans leurs démarches les grands-parents qui ne peuvent plus voir leurs petits-enfants mais aussi à protéger les enfants, souvent les plus grandes victimes dans ces situations conflictuelles qui touchent malheureusement beaucoup de familles.

Marie-Claire Ferret, la future présidente de Papi, mamie... et moi ?

Ce sera la fête des grands-mères dimanche 5 mars. Une journée particulière pour les mamies qui seront au centre de toutes les attentions, entourées de leurs petits-enfants. Une image souvent bien loin de la réalité. Car dans une famille sur trois, les grands-parents ne peuvent pas voir leurs petits-enfants déplore Marie-Claire Ferret. Un véritable fléau. Elle est bien placée pour le savoir. Mamie, d'une petite fille de 6 ans, elle a dû se battre avec son mari pour obtenir un droit de visite. "Au départ il est très dur d'oser en parler. Il y a un grand sentiment de culpabilité. On se demande ce que l'on a raté, ce que l'on a mal fait. C'est une énorme souffrance morale et physique. Et c'est terrible d'avoir recours à une décision judiciaire contre son propre enfant pour simplement obtenir le droit de voir sa petite-fille quelques heures par mois". Bernard et Marie-Claire ont dû se résoudre à cette solution. Une procédure judiciaire longue. Deux ans dans leur cas, sans voir leur petite fille. Finalement en septembre 2004, le Juge des Affaires Familiales les a autorisés à voir leur petite fille "le deuxième dimanche de chaque mois de 10 h à 18 h, ainsi qu'un droit d'hébergement d'un jour et demi au début de chaque vacances scolaires mais pas pendant les vacances estivales". Un temps très limité auquel il faut réduire, les allers retours pour récupérer et ramener l'enfant au domicile de ses parents à Paris. Autant, une misère. C'est pourquoi, ils aimeraient une extension de leur droit de visite

Article 371.4

Aujourd'hui, ils souhaiteraient que leur expérience permette d'aider d'autres personnes dans cette situation. "C'est la raison d'être de la future association. Beaucoup de grands-parents ignorent que l'enfant a le droit d'entretenir des relations personnelles avec tous ses ascendants. Selon, l'article 371. 4 du code civil, seuls des motifs graves peuvent faire obstacle à ce droit. Si tel est l'intérêt de l'enfant le Juge aux Affaires Familiales fixe les modalités des relations entre l'enfant et un tiers parent ou non. L'association vise à permettre aux enfants privés de leurs grands-parents de nouer ou de renouer un lien affectif avec eux. Lui restituer le respect de sa personne et de ses droits qui contribue à son équilibre psychologique, familial, à la construction de ses repères. Le but est d'accueillir, d'informer, de soutenir les enfants, parents, grands-parents qui souhaitent privilégier les relations intergénérationnelles."

"Maltraitance psychologique"

Avant tout, l'association entend placer les enfants au centre de ses préoccupations. "Déstabilisés, ils sont souvent les plus grandes victimes du conflit qui existe entre les adultes. Il faut les protéger de toutes formes de maltraitance psychologique, car ils sont souvent pris en étau, manipulés, ce qui entraîne souvent des pathologies irréversibles".

Pour Marie-Claire Ferret, la voie judiciaire doit rester l'ultime recours. "C'est une solution longue, coûteuse et traumatisante pour tous et par-dessus tout pour l'enfant. Plutôt privilégier le recours à l'amiable, la médiation familiale". La présidente s'est déjà mise en relation avec la caisse d'allocation familiale.

Les services sociaux de Sens sont d'ores et déjà intéressés par leur service. Un avocat du barreau de Sens, un psychologue de Villeneuve-sur-Yonne ainsi qu'une assistante sociale ont décidé d'apporter leur concours à l'association et d'accompagner les grands-parents en difficulté. Ils devraient être rejoints prochainement par un docteur.

L'association qui va bientôt voir le jour recherche un vice-président et un trésorier adjoint. Elle pourra remplir ensuite sa fonction auprès des enfants et des grands-parents. Un beau cadeau pour les mamies.

JME

Papi, mamie... et moi ?

Marie-Claire Ferret : 03.86.87.15.28

Bulletin d'info C.A.F. REAAP89 (mars 2006)

Les membres du réseau vous informent ..... .Association : Papi, mamie...et moi ?

L'association " Papi, mamie... et moi ? " veut faire campagne pour prévenir et tenter de faire cesser les atteintes aux valeurs familiales entraînant des pathologies parfois lourdes et/ou irréversibles pour les enfants voire chez les adultes.

Elle mobilise des bénévoles qui par leur solidarité, veulent consacrer une partie de leur temps à accueillir, soutenir, aider, conseiller et accompagner les enfants, parents, grands-parents subissant la grande détresse d'être victimes du non-respect de certains adultes et voulant privilégier les valeurs familiales. Permettre aux enfants privés de leurs grands-parents de nouer ou renouer un lien affectif avec eux (sauf motifs graves avérés).

Une réflexion doit être menée avec les partenaires relais (sociaux, médicaux, juridiques, police, enfance, retraite, associations...) concernant l'impact que peut avoir l'isolement sur les grands-parents et relatif au risque de maltraitance psychologique envers les enfants. L'association va mettre en place des groupes de paroles à l'intention des familles en détresse avec la participation d'une psychologue, des rencontres débats avec la participation des partenaires relais.
Il est important de penser aux générations futures privées de la lignée, du lien transgénérationnel de ces petits enfants qui seront plus tard des parents à leur tour.

L'association va proposer : une écoute téléphonique, des groupes de parole mensuels, des débats-rencontres, des permanences d'accueil des familles (écoute, conseils et orientation, accompagnement...), ainsi que des renseignements donnes par mail.

Parole d'enfant "Je croyais que la famille c'était fait pour s'aider et s'aimer ?"

L'avenir, c'est vous et nous...

Papi, mamie... et moi ?

Marie-Claire FERRET, Présidente

Ancienne Mairie
25 rue Carnot
89500 VILLENEUVE SUR YONNE
Tel/Fax : 03.86.87.15.28

La Croix (09 avril 2002)

Les grands-parents répondent présent

Face aux mutations de la vie des jeunes couples, les grands-parents constituent, au sein de la famille, un vrai relais de solidarité et leur maison peut faire office de point de ralliement.

Nombre de jeunes couples le savent bien. Dans un contexte économique qui ne les favorise pas toujours financièrement, dans une société où l'on court toujours plus vite après le temps, il n'est pas toujours facile de faire face. Un enfant fiévreux, et c'est le déroulement minuté d'une journée de travail qui se grippe. Un emploi perdu, et c'est une situation financière qui devient précaire. Une crise affective, et c'est un lieu d'accueil à trouver dans l'urgence.

Devant les petits tracas du quotidien ou les grandes difficultés de la vie, les jeunes familles savent bien qu'elles peuvent compter sur l'aide des aînés. Retraités, mais de plus en plus actifs, ceux-ci n'hésitent pas à mettre leur disponibilité au service de la génération qui les suit. Plus de huit grands-mères et plus de sept grands-pères sur dix gardent ainsi leurs petits-enfants occasionnellement ou pendant les vacances. Une garde hebdomadaire concerne même une grand-mère sur trois et un grand-père sur quatre.

«Quand le téléphone sonne tôt, c'est un SOS dépannage»

Etienne de Saint-Victor, 70 ans, installé dans la région de Rouen, garde le contact avec ses enfants et petits-enfants par tous les moyens, y compris Internet. Et, naturellement, il n'hésite pas à rendre les services qu'on lui demande, dans le cadre «d'un réel esprit relationnel au sein de la famille». «Il peut s'agir, dit-il, de garder un petit-fils ou de le conduire quelque part, d'accueillir le plombier qui vient travailler dans la maison des enfants un jour de semaine, d'un petit dépannage matériel...»

Plus les grands-parents sont proches, plus ils rendent de services. C'est le cas de Jeanne-Marie Hebbinckuys, qui habite près de Lille. «Dans le Nord, les familles restent assez groupées, c'est une chance ! dit-elle. A part mon fils qui est allé s'installer, il y a quelques mois, dans le Poitou, les autres vivent à très peu de distance de la maison.» Grand-mère de neuf petits-enfants, auxquels elle ajoute les deux enfants de sa jeune soeur dont elle s'occupe également, elle ne chôme pas. Des aides financières ponctuelles à l'hébergement provisoire d'un jeune couple, en passant par les gardes d'enfants... «On a toujours essayé d'être présents, dit-elle, tout en laissant à nos enfants leur autonomie, car trop d'ingérence devient vite insupportable. Mais chaque fois qu'on a pu les dépanner, on l'a fait.»

Et elle s'est fixé dans ce domaine une priorité : la garde de ses petits-enfants malades. «Quand le téléphone sonne avant 8 heures du matin, dit-elle, on se doute que c'est un SOS dépannage de dernière minute pour enfant malade. Comme les jeunes mamans travaillent toutes, ça arrive très fréquemment. Et c'est pour nous une priorité. Car les jeunes enfants, aujourd'hui, n'ont plus le temps d'être malades : on les bourre d'antibiotiques pour que les mamans puissent aller travailler tranquillement. Or, quand un petit est fiévreux, il a le droit d'être chouchouté !»

Pendant les vacances scolaires, ou le mercredi, les grands-parents répondent aussi souvent présent. Ce qui demande parfois, pour satisfaire tout le monde, une organisation béton. «Chez nous, raconte Jeanne-Marie Hebbinckuys, on a institué, tous les quinze jours, le mercredi des cousins. Certains arrivent dès le mardi soir, d'autres dans la matinée. Mais pour le déjeuner, tous les cousins sont là. Et l'après-midi, on fait une activité ensemble...» Pour le plus grand plaisir de tous. Car au-delà du simple service matériel, s'occuper de ses petits-enfants, c'est aussi entretenir des liens affectifs. Et dans ce domaine-là, les grands-parents constituent un peu le ciment de la famille et leur maison fait office de point de ralliement.

Les grands-parents sont donc ceux sur qui on peut toujours compter. Notamment en cas de coup dur.

Marie-Noëlle Gauderon, habitant du côté de Limoges, peut en témoigner. Ancienne infirmière, récemment retraitée, elle héberge sa mère, très âgée, et s'apprête à recevoir pour une semaine les trois enfants de son fils, établi dans les Vosges. Mais surtout, depuis quelques mois, elle prête main forte à sa fille de 34 ans, qui s'est retrouvée seule avec un petit garçon de 7 ans. «Ma fille habitait dans la région de Mâcon depuis plusieurs années. Quand elle s'est séparée du père de son enfant, elle a tenté de rester là-bas près d'un an. Je lui envoyais de l'argent, mais ce n'était pas facile, surtout avec le petit. Finalement, au mois d'août dernier, elle est revenue s'installer dans le village, à quelques minutes de chez moi. Je l'ai aidée financièrement, pour démarrer.»

Aide en argent, bien sûr, mais aussi matérielle et affective «Je prends Michel, son petit garçon, tous les jours à 16 h 30 à la sortie de l'école, car ma fille rentre tard de son travail.» Stéphanie, la jeune maman, mesure toute la portée de cette solidarité : «Sans l'aide de ma mère, je ne sais pas comment tout ça aurait fini. Grâce à elle, je recommence à vivre. Nous avons beaucoup parlé, elle m'a aidée à tenir le coup. Et puis, elle joue un rôle de médiateur quand mes relations avec mon fils ne sont pas très faciles... Mais il faut, précise-t-elle, que cette aide soit à double sens. J'essaie moi aussi de faire ce que je peux pour la soulager, en m'occupant de ma grand-mère par exemple.»

Face aux difficultés matérielles et affectives que connaissent beaucoup de jeunes parents, cette solidarité fonctionne néanmoins souvent à sens unique. Et les grands-parents, de leur côté, sont parfois tentés «d'en faire trop». «Dans les milieux les plus modestes notamment, souligne Jeanne-Marie Hebbenckuys, on a tendance à trop aider financièrement ses enfants. Certains vont jusqu'à assumer un temps plein de nounou. Or, on s'est rendu compte que trop de présence et trop d'implication en temps et en finances mènent à des conflits douloureux.» «Je leur avais même offert une cuisine équipée !, lançait ainsi une femme, qui venait de se fâcher avec ses enfants. Elle avait l'impression d'avoir fait le maximum de ce qu'elle pouvait faire pour eux. Le jeune couple l'avait perçu comme une intrusion. On avait, à travers cette cuisine, atteint le point de rupture : le trop était venu.»

Ne pas mettre son grain de sel, apprendre à dire non

Savoir doser ses aides et son temps de présence, répondre toujours à l'appel sans «mettre trop son grain de sel partout» : tel est l'équilibre que doivent trouver les grands-parents.

Il est nécessaire aussi qu'ils se préservent un temps personnel. Pour Etienne de Saint-Victor, il n'est pas question de renoncer aux sorties ou aux projets de vacances : «En tant que grands-parents, nous devons aussi apprendre à dire non, dit-il. Les enfants peuvent comprendre que nous avons notre vie, et que celle-ci ne doit pas être conditionnée à un appel téléphonique de leur part.»

Ils doivent apprendre enfin à donner, sans avoir toujours la reconnaissance qu'ils attendent. «Les grands-parents sont prêts à tout faire pour les jeunes ménages et leurs petits-enfants et ils pensent avoir le même retour, souligne Jeanne-Marie Hebbinckuys. Si bien qu'ils sont un peu déçus. On essaie de leur expliquer que leurs enfants feront à leur tour pour leurs propres enfants ce qu'on aura fait pour eux. Tant qu'ils ne l'ont pas admis, ils en éprouvent un peu d'amertume.»

Dans cette chaîne de solidarité des générations, accepter de n'être qu'un maillon : tel est le nouvel art d'être grand-parent.

La Croix (10 décembre 2003)

De plus en plus présents, les grands-parents

La société change et les grands-parents, souvent inquiets, sont amenés à participer davantage à la fonction parentale.

On le sait. L'espérance de vie ne cesse de s'allonger et, en même temps, jamais la natalité n'a été aussi basse. Résultat, dans les prochaines générations, un petit-enfant risque d'avoir plus d'aïeuls vivants qu'un grand-parent n'aura de petits-enfants ! Une révolution déjà largement amorcée. Dans le nouveau jeu familial des enfants, il y a d'abord les arrière-grands-parents, ceux qui sont censés garder la mémoire de la famille alors que la leur commence à faiblir. Et puis, il y a ceux que leurs parents appellent «Papa» et «Maman», ces nouveaux grands-parents, à qui il a bien fallu justement trouver d'autres noms pour les différencier de grand-père et grand-mère. Avec ces «nanie», «dady», «papé» et autres maminettes, le plus souvent en bonne santé et qui ont élevé leurs propres enfants selon les leçons de Françoise Dolto, les relations sont en général beaucoup plus resserrées et complices. Ce qui n'est pas pour déplaire à ces seniors conscients de tout ce qu'ils ont encore à donner à la société comme à la famille. Ainsi, souligne Robert Rochefort, directeur général du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), «un homme de soixante ans ne dit plus à son fils, comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps : "Je te laisse les clés du monde" ; mais, encore en bonne santé et pas du tout vieillissant, il peut lui dire : "Pendant encore vingt ans au moins, je vais continuer à construire le monde avec toi."» N'est-ce pas ce même refus de se voir reléguées dans la sphère de l'inactivité que l'on perçoit chez certaines femmes de 50- 55 ans qui, telle Marie, avertissent haut et fort : «Je ne veux pas lâcher toutes mes activités pour ne m'occuper que de mes petits-enfants !»

Les Écoles de grands-parents européens militent d'ailleurs dans ce sens. D'abord, parce que leurs responsables et leurs adhérents ne veulent pas déposer avant l'heure leurs armes de citoyens engagés dans la vie associative, professionnelle ou politique . Mais aussi, explique Marie-Françoise Fuchs, présidente et fondatrice de l'EGPE créée en 1994 «parce que, dans notre monde, un "bon" grand-parent c'est un grand-parent qui n'attend pas tout des liens affectifs avec ses petits-enfants».

Reste qu'entre l'intention et la réalité, la marge est souvent importante tant l'expression «pivot familial» s'avère juste pour désigner ces nouveaux grands-parents. «Et on ne voit pas comment cette situation pourrait changer ; il s'agit là d'une tendance lourde», note Brigitte Camdessus, psychologue clinicienne et cofondatrice du Centre d'études cliniques des communications familiales. Il est vrai qu'à cette période, tout ou presque peut arriver en même temps. Sans qu'on l'ait toujours voulu ni prévu. Par exemple Sylvaine, 56 ans, ne touche plus terre depuis quelque temps : il lui faut s'occuper de son dernier petit-fils dont les parents sont «surbookés» en permanence, ne pas délaisser les deux enfants de son fils aîné dont le couple est au bord de la séparation, aider sa fille de 28 ans, célibataire qui s'installe - enfin ! - dans «son» appartement, faire face à sa mère et à ses beaux-parents vieillissants, gérer le stress et les humeurs dépressives d'un conjoint qui appréhende sa prochaine mise à la retraite et... assurer ses activités professionnelles qu'elle a pourtant réduites à 3/4 de temps !

Et oui, malgré leur goût d'ouverture et d'émancipation exacerbé sur les barricades en 1968, les nouveaux grands-parents investissent beaucoup la sphère familiale (lire les Repères) et ont un très grand désir de nouer des relations de qualité avec leurs petits-enfants. «Et quand cela ne peut pas ou ne peut plus se faire, notamment en cas de divorce des parents, alors c'est très difficile, parfois un drame épouvantable», souligne Yvonne Castellan, psychologue à l'EGPE de Paris.

Dans les prochaines générations, un petit-enfant risque d'avoir plus d'aïeuls vivants qu'un grand-parent de petits-enfants.

Car bien sûr, aujourd'hui comme hier, il y a les mésententes qui aboutissent parfois à des ruptures, il y a plus qu'hier l'éloignement géographique et la mobilité des parents qui ne sont pas toujours compensés par Internet. Mais surtout, les grands-parents sont les premiers témoins des tempêtes ou des nouveautés qui chahutent de plus en plus les familles et touchent leurs petits-enfants. Tant au niveau de leurs enfants que de leurs petits-enfants : séparations, pacs, recompositions familiales, mariages interculturels, unions homosexuelles, etc. Eux-mêmes inaugurent la première génération de grands-parents divorcés dont certains se remarient multipliant les branches de l'arbre généalogique !

Face à une telle accumulation de situations pour beaucoup inédites, Claudine Attias-Donfut note un fait nouveau : «Les grands-parents sont amenés de plus en plus à partager d'une certaine manière le rôle de parent ; ils sont parents "en second"». Une nouveauté qui est aussi tout un art. Et quand cet art n'est pas parfaitement maîtrisé, cela réserve quelques surprises, plutôt mauvaises ! Jeanne-Marie Hebbinckuys en a toute une collection à raconter, glanées au fil des confidences - de plaintes - qu'elle reçoit à sa permanence de l'EGPE lilloise. «Pas facile en effet de mettre tout son coeur à faire faire certains apprentissages à ses petits-enfants pendant toute une après-midi et de devoir se taire dès qu'on entend la clé dans la serrure qui annonce le retour des parents. Surtout qu'aujourd'hui ces derniers sont souvent très intolérants. Cela oblige les grands-parents à être tout le temps sur leur garde !»

Que pensent les petits-enfants de cette parentalité partagée avec leur papy ou leur mamie ? Difficile à savoir. Seule certitude, les relations plus personnelles, plus complices, plus ludiques, plus ouvertes sur l'extérieur que celles qu'ont connues leurs parents avec leurs propres grands-parents les ravissent plutôt. Ainsi Antoine, 10 ans, témoigne : «Mes grands-parents, ils sont vraiment cools. Je les adore. Ils s'intéressent à tout ce que j'aime. Ils sont moins stricts que les parents sur certains points et plus sur d'autres. C'est normal. Quand ils nous gardent, ils me parlent moins de l'école, ça c'est mieux.»

Cools les grands-parents ? Pas vraiment si l'on en croit Jeanne-Marie Hebbinckuys qui, au travers des rencontres et des appels téléphoniques, recense toujours les mêmes inquiétudes. Parmi celles-ci, elle note le nombre grandissant de jeunes femmes «qui, pour un oui ou pour un non, refusent toute concession, provoquent la séparation du couple et font exploser leur famille», la difficulté des pères en cas de conflit avec leur compagne à maintenir le contact entre leurs enfants et leurs parents, et enfin, la rapidité avec laquelle l'équilibre familial peut basculer du jour au lendemain, «ce basculement» étant vécu souvent comme une fatalité, voire une banalité.

Inquiets, les grands-parents le sont, certes. Souvent revient dans leur bouche cette interrogation : «Comment vont-ils se débrouiller nos petits dans ce monde un peu déboussolé ?» Pour autant, ils ne baissent pas les bras. La plupart excellent même dans la capacité à ne pas juger. Ils préfèrent essayer de comprendre. Quitte même à se remettre en cause. Et font confiance à la vie. Ce dont ils ont besoin pour continuer leur route.

Agnès AUSCHITZKA

Le Mutualiste (mars 2006)

Grands-parents et petits-enfants
Des droits et des devoirs

Complicité, tendresse et souvenirs d' enfance... C' est ce qu'évoquent, la plupart du temps, les relations entre grands-parents et petits-enfants. Mais, parfois, des conflits éclatent et ne trouvent leur dénouement que devant les tribunaux.

Lison est aujourd'hui soulagée de revoir ses deux petits-enfants. Cette grand-mère de 68 ans a dû saisir la justice pour obtenir, sur eux, un droit de visite et d'hébergement, alors qu'elle ne les voyait plus depuis le divorce de son fils Philippe et son départ pour l'étranger. «Mon ex-belle-fille refusait de me confier mes petits-enfants. C'est pourquoi j'ai fait appel à la justice pour trancher ce litige.» La loi est claire sur ce point : les enfants disposent d'un droit à entre¬tenir des relations personnelles avec leurs grands-parents.
Lison peut donc désormais accueillir Pauline et Louis un week-end tous les deux mois, ainsi qu'une partie des vacances scolaires.

Le Code civil prévoit que les «père et mère ne peuvent, sauf motifs graves, faire obstacle aux relations personnelles de l'enfant avec ses grands-parents». Une notion de «motif grave» qui va dans le sens des intérêts de l'enfant et qui doit, en principe, se situer en dehors des relations existantes entre les grands-parents et les parents de l'enfant. Le droit de visite peut toutefois être refusé lorsque l'enfant risque de se retrouver au coeur d'une relation conflictuelle trop aiguë, ou lorsqu'il est prouvé que les grands-parents ont une influence néfaste.

Des devoirs réciproques

La prise en compte par la justice des relations personnelles entre les deux générations aide souvent à pallier l'éclatement de la famille. Monique et Robert, commerçants retraités, ont pu obtenir un droit de visite sur leur petit-fils, orphelin de père et adopté par le mari de sa mère. «Aucun lien de parenté n'était reconnu juridiquement suite à la mort de notre fils et à l'adoption d'Édouard par son beau-père», explique Monique. «Mais notre lien par le sang et l'importance des relations qui nous unissent à notre petit-fils ont tout de même été pris en compte par le juge», se réjouit Robert.

Il existe également entre ascendants et descendants des obligations alimentaires réciproques, prévues là aussi par le Code civil. Mais selon l'article 207, une personne peut-être déchargée de l'obligation alimentaire lorsque celui qui en réclame le bénéfice a gravement manqué à ses devoirs envers elle. Les grands-parents peuvent être tenus de verser une pension alimentaire à leurs petits-enfants, mais uniquement en cas de défaillance grave des parents. Quand les père et mère peuvent subvenir aux besoins de leur enfant, ils ne peuvent pas obtenir une contribution alimentaire des grands-parents maternels et paternels.

Pour tout renseignement, adressez-vous à votre avocat ou à l'accueil du tribunal de grande instance de votre département.

Virginie Mornau

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